MODE DE VIE AU PALEOLITHIQUE SUPERIEUR

LA CHASSE ET LA PECHE

 

Les hommes du Paléolithique supérieur chassent les immenses hordes de bisons, disparus de nos territoires (quelques uns survivent encore en Pologne). Ils traquent les longues cohortes de mammouths. Ils poursuivent les immenses troupeaux de rennes. Le Cro-magnon devient montagnard dans les Pré-Pyrénées afin d'abattre les bouquetins. Pour cette chasse perpétuelle, il possède une merveilleuse panoplie : des sagaies, des harpons, des traits en os qu'il lance à l'aide d'un propulseur, des foënes et des fléchettes, l'arc dans certaines régions. Cet arsenal est débité dans les os et les ramures à l'aide d'outils de silex spécialisés: lames, lamelles, burins, perçoirs. Cet outillage plus fin, plus léger, que l'outillage antérieur (Moustérien), marque une nouvelle étape dans l'économie du matériau. La plus grande découverte technique des hommes du Paléolithique supérieur reste la création et l'utilisation d'armes composites constituées par une longue pointe en os, portant une fine rainure longitudinale, dans laquelle s'insèrent des lamelles de silex. Dépassant légèrement de leur support, ces lamelles acérées constituent de véritables barbelures. La plus ancienne pointe en os à rainure et lamelles insérées daterait de 17 850 ans avant J.C. et proviendrait d'AFONTOVA GORA, sur la rive droite de l'Iéminei en Sibérie.

Le renne est chassé à l'aide de sagaies

 

PANOPLIE DU CHASSEUR

Cro-magnon, qui ne dédaigne pas non plus le petit gibier -perdrix des neiges, pigeons, spermophiles (rongeurs proches de l'écureuil), lièvres, hérissons -, chasse surtout avec des armes de jet : sagaies avec pointe en bois de renne ou en silex taillé, petits javelots à bout triangulaires en os ou en ivoire avec cran latéral. Les pointes très affilées, souvent faites d'andouillers, sont encastrées dans la hampe, fixées avec de la cire ou de la résine et ligaturées. Les couteaux se sont perfectionnés : l'invention du manche a renforcé l'efficacité de la lame. Autre innovation: le propulseur.

 

SAGAIE

Longue pointe en os, la sagaie est l'arme de chasse par excellence. Parfois on l'a emmanchée. Dans ce cas, sa base, taillée en biseau, porte des stries parallèles pour faciliter l'adhérence.

 

PROPULSEUR

Le propulseur apparaît il y a 20 000 ans. C'est un bâton dont l'extrémité est munie d'un crochet que l'on introduit dans l'orifice percé à l'arrière de la sagaie. Il double pratiquement l'effet de levier du bras du chasseur en venant le prolonger en fin de course, après une rotation verticale du poignet. Il permet d'expédier une sagaie de deux mètres à la vitesse de 50 mètres à la seconde.

 

HARPON

Arme tout à la fois de chasse et de pêche, le harpon en bois de renne est l'arme typique du Magdalénien. Son fût cylindrique porte des barbelures qui accrochent ou déchirent la proie. Ce procédé constitue un raffinement qui accroît l'efficacité de l'arme.

La pèche

 

BÂTON PERFORE

Souvent, les bois de renne du magdalénien portent une ou plusieurs perforations généralement cylindriques. Parfois aussi, mais plus rarement, des perforations allongées dites en 'boutonnières'. Ces bâtons devaient servir pour corriger la courbure des sagaies, héritée de la forme des défenses, les chasseurs les passaient au feu, puis les redressaient à les forçant avec leur bâton percé, qui servait également à assouplir les lanières en cuir. Certains bâtons perforés sont décorés. Les premiers préhistoriens les avaient nommés 'bâtons de commandement' et en faisaient des attributs de chef de groupe, car on leur voyait guère de fonction utilitaire.

 

SCÈNE DE CHASSE A PINCEVENT

C'est le début de l'été. Suivant à distance les déplacements d'un troupeau de rennes, un petit groupe de chasseurs vient s'installer non loin d'un gué sur la rivière. Deux à trois familles le composent et ne rassemblent pas plus de quinze personnes. Leur équipement est réduit à l'essentiel transportable sans peine. Dans les bagages, quelques peaux nécessaires à l'édification d'un abri, quelques lames d'un beau silex rouge étranger à la région seront utilisables.

Chaque famille taille quelques longues perches qu'on dresse et lie en cône : on y tend les peaux pour former une tente de 3 m de diamètre. Point n'est besoin ici de placer des pierres au bas des parois comme on le fait parfois, un bourrelet de limon pris sur les berges suffira à calfeutrer.

On associe les tentes. Aujourd'hui on décide que les ouvertures se regardent (ce n'est pas toujours le cas). Un grand espace commun est ainsi délimité. A l'entrée de chaque tente on prépare un foyer : une cuvette est creusée dans le sol, on oriente la cavité en fonction de la direction du vent pour assurer un meilleur tirage. De grandes plaques calcaires sont dressées tout autour, certaines obliquement. Elles permettent d'exposer au feu quelque pièce de nourriture ou objet à chauffer.

Arrivés à la fin du printemps avec une petite provision de lames de silex provenant d'un gisement 40 km plus au nord, les magdaléniens s'installèrent à Pincevent. Ce lieu de passage des troupeaux de rennes offrait également un gîte de silex sur les berges de la Seine. Des abris légers étaient installés adossés aux vents dominants de l'ouest et ouverts sur un foyer installé à un mètre vers l'avant.

A côté de chaque foyer, on peut placer un gros bloc qui servira de siège. Là sera le pôle de l'activité domestique : on y taillera ou retouchera les outils, décharnera le gibier abattu, brisera les os pour en extraire la moelle. Tous les débris se répandent sur le sol environnant et peu à peu les allées et venues les écarteront, délimitant les zones de passage principales. Le feu sert à de multiples usages : on chauffe le silex qu'on débite mieux ainsi ; on expose les sagaies à la chaleur pour redresser la courbure du bois de renne dans lequel elles sont taillées ; chaque jour on chauffe des pierres : peut-être servent-elles ainsi à réchauffer un liquide contenu dans un récipient de peau.

On entretient une combustion économique en choisissant des bois qui brûlent lentement et laissent peu de cendres ; les débris d'os même sont brûlés. Situé à l'entrée de l'habitation, ce foyer sert sans doute de chauffage et la fumée écarte les moustiques. A la lueur qu'il donne s'ajoute alors celle de la graisse qui brûle dans un bloc de pierre creusé en cupule.

Dans les tentes, on installe des litières de branchages ou de peaux ; on y serre les objets précieux ; de l'ocre qui se répand sur le sol et dessine le contour de la zone de couchage. Au cours du séjour et suivant la nécessité du travail domestique, on allume à l'écart de petits foyers supplémentaires et très simples, suffisants sans doute pour faire une courte cuisine, un boucanage ou un écorçage... Peut-être les jeunes adolescents exercent-ils là leurs premiers talents.

La petite troupe est sur le territoire d'un beau troupeau de rennes. Il va suffire à assurer une belle saison de chasse et l'on abat sans distinction animaux âgés ou jeunes de l'année. A l'occasion, un rare cheval est tué. Mais, au cours du séjour, on signale la présence d'un loup. C'est un concurrent dangereux et sa fourrure est appréciée ; il est abattu.

La chasse est fructueuse et chacun avale 850 g de viande quotidiennement. On ne laisse rien perdre des carcasses dont on fracture tous les os longs pour en extraire la moelle tandis que les os plats servent de pelles.

Les jours se partagent entre la chasse, les activités domestiques et l'exploration du voisinage au cours de laquelle on a ramassé un morceau de pyrite et un fragment corallien. Ils vont rejoindre les objets curieux que l'on collectionne.

Mais la saison froide arrive. Peut-être les rennes se déplacent-ils ? Il faut abandonner l'endroit où l'on reviendra l'année prochaine. On ne se charge pas et l'on abandonne sur place tout ce qui n'est pas indispensable et peut être aisément remplacé.

Tous les déchets d'une saison de chasse jonchent le sol, restes non utilisés, outils. On oublie, peut-être volontairement, une baguette en bois de renne dont on avait commencé à redresser la courbure pour en faire une sagaie ; on laisse les objets insolites collectés précédemment.

Peu à peu, le vent efface les traces les plus légères ; les rongeurs viennent se régaler de quelques reliefs ; le bois commence à pourrir sur place. Au printemps, la lente montée de la rivière va recouvrir les derniers vestiges d'un fin limon, masquant à jamais le sol abandonné d'un campement d'été de chasseurs magdaléniens, à moins que, 12000 ans plus tard, quelque préhistorien...