MODE DE VIE AU PALEOLITHIQUE MOYEN

Que sont-ils devenus ?

La cohabitation ? L'acculturation ? l'assimilation ?

     Nous avons aujourd'hui qu'il y a 30 ou 40 000 ans, l'homme de Cro-Magnon partageait son territoire avec l'homme de Neandertal.

     Neandertal

  Cro-Magnon

 

     Les données recueillies sur les nombreux sites du Périgord fréquentés, il y a quelque 40 000 ans, par Cro-Magnon ou Neandertal, ne permettent pas de discerner de différences fondamentales dans le mode de vie des deux groupes humains qui se côtoyaient alors dans la région.

     S'il est vrai que les peintures et les gravures des grottes ornées sont attribuables "aux hommes modernes", on a trouvé d'importants stocks d'ocre dans les campements néandertaliens qui s'en servaient peut-être pour s'orner le corps ou pour décorer des supports périssables, comme les peaux. Les deux groupes ont parfois partagé les mêmes industries lithiques, chassé les mêmes espèces, voir partagé la même culture. Des parures en ossements très "modernes" ont été exhumés dans les niveaux néandertaliens de la grotte d'Arcy-sur-Cure (Yonne). Pourtant si les deux groupes fabriquent des objets semblables, ils le font avec des techniques différentes.

Parures d'Arcy-sur-Cure

 

 

     Les deux groupes humains ont cohabité plusieurs milliers d'années. Vers -30 000 ans, ne subsistent plus que deux petites poches de néandertaliens dans le sud-ouest de la France et dans l'extrême sud-ouest de la péninsule ibérique. 2 750 ans plus tard, ils ont totalement disparu. Il semble donc que la péninsule ibérique ait été le dernier refuge de l'homme de Neandertal.

Y a-t-il du Neandertal en nous ? Peut-on imaginer qu'il y ait eu un métissage ?

     La découverte au Portugal d'un squelette "hybride" suggère que les néandertaliens et nos ancêtres Cro-Magnon ont pu avoir une descendance commune. Il s'agit du squelette d'un enfant de 4 ans environ, exhumé récemment dans la vallée de Lapedo, au nord de Lisbonne. Avec sa silhouette trapue et son petit menton moderne, cet enfant décédé il y a 24 500 ans environ, au paléolithique supérieur, serait "le descendant d'une longue lignée d'hybrides", issu des deux groupes humains (selon l'anthropologue américain Erik Trinkaus).

On peut voir la forme allongée du squelette (sans tête) de l'enfant retrouvé dans la sépulture paléolithique de l'abri de Laga Velho situé dans la vallée de Lapedo au Portugal.

Le squelette est entouré d'une gangue d'ocre rouge.

 

     Cet enfant "hybride" serait un enfant de type moderne au vu de sa face caractéristique. Mais il présente aussi des traits néandertaliens accusés, comme le commente son découvreur, Joao Zilhao de l'institut portugais d'archéologie (Lisbonne). Soit des os longs très robustes et des proportions caractéristiques, comme un raccourcissement de la jambe par rapport à la cuisse.

     Ce caractère "mosaïque" entre deux espèces aux caractéristiques morphologiques fort définies, qui se manifeste plusieurs milliers d'années après le supposé contact dans la péninsule ibérique entre les deux populations, interpelle les chercheurs. Il les conduit à penser qu'ils ne se trouvent pas en présence d'un évènement isolé, mais bien du résultat d'un mélange de population sur le long terme.... Cette analyse est toutefois regardée avec suspicion par d'autres préhistoriens : les différences entre Neandertal et Cro-Magnon sont moindres chez l'enfant que chez l'adulte, et la variabilité entre les individus est encore moins bien connue.

Remplacement d'une espèce par l'autre ? Continuité ?

     Aujourd'hui, un petit enfant de 4 ans plaide en faveur du mélange des populations. Neandertal n'aurait pas disparu, mais se serait dilué parmi une population de Cro-Magnon bien supérieure en nombre. Pourtant, selon Bruno Maureille, du laboratoire d'anthropologie des populations du passé, à Bordeaux, la réponse n'est pas forcément la même pour toute l'Europe : les relations entre les deux hommes ont pu différer d'une région à l'autre. "A l'est et en Europe centrale, les fossiles font penser aux anthropologues à une possibilité d'échange de gènes, explique-t-il. En Europe occidentale, en revanche, c'est le modèle du remplacement qui semble le plus crédible en l'état actuel des données."

     Un état des données qui justement ne permet pas encore d'affirmer avec certitude où est passé Neandertal. Il n'est même pas certain que les préhistoriens, malgré tous leurs efforts, puissent un jour répondre à cette question.