MODE DE VIE AU PALEOLITHIQUE MOYEN

LA MAGIE

 

Aux côtés de sa femme en pleurs, un père de famille néandertalien pose en offrande le dernier des trois silex dans la tombe de leur enfant, enseveli à La Ferrassie en France. L'étrange sépulture circulaire, qui va être recouverte d'un petit dôme de terre, fait partie d'un ensemble de neuf tombes disposées mystérieusement par rangées de trois. Bien que huit d'entre elles aient été retrouvées vides lors de leur découverte en 1909, les squelettes de 5 autres sujets furent exhumés à proximité dans des tranchées creusées dans la même grotte, affectée apparemment à des cérémonies funéraires.

Les preuves....

Peu après 1930, eut lieu la découverte d'un splendide assortiment de fossiles néandertaliens au mont Carmel, à proximité de Haïfa, en Israël. Cinq hommes, deux femmes et trois enfants avaient été déposés dans des tombes peu profondes. Tous les corps avaient les jambes repliées. Un homme de 45 ans tenait dans ses bras les mâchoires d'un sanglier de grande taille. Le sanglier avait-il été à l'origine de cette mort? Les mâchoires avaient-elles été un trophée de chasse qui aurait permis à cet homme d'affronter n'importe quel esprit rencontré dans sa vie d'outre-tombe?

L'ambiguïté de telles funérailles se retrouve dans la grotte de Teshic-Tash en Asie centrale. En cet endroit, fut retrouvé en 1938 le corps d'un enfant néandertalien de sexe masculin. La tombe recélait quelques signes énigmatiques de rites funéraires. Six paires de cornes de bouquetins, encore fixées sur les crânes, étaient disposées irrégulièrement en cercle sur le plancher de la grotte, autour de la tombe. Quelle que soit sa signification, ce cercle de cornes n'en montre pas moins combien les Néandertaliens furent des chasseurs émérites. Capturer des bouquetins, animaux craintifs et agiles par excellence, dans une région aussi accidentée, devait être un véritable exploit.

Le vieux chef neandertal est mort. Il avait quarante ans ! Armés de pelles faites d'omoplates de bisons, ses compagnons l'enterrent avec ses armes; ainsi il pourra encore chasser dans l'au-delà. Puis ils recouvrent la tombe de grosses pierres. Les hyènes n'auront pas de festin.

La sépulture la plus surprenante fut mise au jour en 1960 dans la grotte de Shanidar au nord de l'Irak, dans les monts Zagros. Dans ce site,  furent retrouvés neuf fossiles de Néandertaliens dont certains avaient sans doute été tués par la chute de blocs rocheux détachés du plafond. Au fond de la grotte, dans un gisement vieux de 60 000 ans, on trouva la tombe d'un chasseur dont le crâne était sérieusement écrasé. Les résultats des analyses des échantillons de terrain situés à l'intérieur de la tombe furent étonnants. La tombe contenait une quantité de pollen jamais égalée. De toute évidence, un nombre considérable de fleurs avaient été déposées dans la tombe par les compagnons du défunt. Parmi ces plantes, certaines servent encore de médicaments aux peuplades vivant actuellement en Irak.  Il se peut donc que les Néandertaliens aient pressenti les vertus médicinales de ces fleurs et les aient déposées dans la tombe pour que le chasseur jouisse d'une meilleure santé dans l'au-delà. Il se peut également que les fleurs y aient été déposées dans une intention identique à celle qui incite les hommes modernes à fleurir les tombes et les stèles.

Des chasseurs Néandertaliens attristés déposent un lit de fleurs proches de la renoncule, du muscari et de la rose trémière sur le cadavre de l'un de leurs compagnons, tandis que d'autres membres de la tribu, rassemblés dans un coin de la grotte, rappellent les exploits et les prouesses du défunt.

Sans doute les Néandertaliens sentirent-ils, plus que leurs prédécesseurs, combien la vie était précieuse puisque les rites funéraires expriment essentiellement un désir de conservation. Les funérailles témoignent qu'une valeur fondamentale de la vie humaine - qu'on l'appelle âme ou esprit - ne peut être détruite et continue d'exister après la mort, dans un autre monde, sous une autre forme.

UN ARTISTE ?

L'homme de Neandertal était un musicien. Dans la grotte de Divje Babe en Slovénie a été découvert une flûte dans le même niveau que des outils néandertaliens. La "flûte de Slovénie", un morceau de fémur de jeune ours des cavernes perforé de quatre trous, sera-t-elle un argument en faveur de l'humanité de Neandertal? Elle est datée de 43 000 ans. C'est non seulement le plus ancien instrument de musique connu, mais aussi la première manifestation artistique en relation avec Neandertal.

Taillée dans un fémur d'ours, cette flûte est le plus ancien instrument de musique connu.

Appeaux, sifflets, flûtes, servant à la chasse ou au plaisir, façonnés dans des os de grands oiseau, de mammifères ou dans des bois de renne, ont été découverts en Europe et en Asie, mais toujours dans des sites fréquentés par l'homme moderne, Homo sapiens sapiens, et sont datés de périodes plus récentes. Comme il a été impossible de dater la flûte au carbone 14, son âge a été estimé d'après la datation de la couche sédimentaire où elle se trouvait. Datation obtenue grâce à l'analyse de l'émail de plusieurs dents d'ours présentes à ce niveau.