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LES OUTILS DU PALEOLITHIQUE MOYEN

HOMME DE NEANDERTAL

     Dominant la vallée de la Vézère et le bourg des Eyzies, au pied d'un ancien château fort qui abrite un musée de préhistoire, s'élève une statue puissante : celle de l'Homme de Neandertal. Paul Dardé qui la sculpta en 1930 a traduit l'idée que l'on se faisait de cet ancêtre robuste et farouche.

     Cet homme préhistorique a longtemps été décrié et considéré comme une créature fruste à l'intelligence limitée. Quand les représentations populaires, chansons ou dessins humoristiques décrivent un homme préhistorique sous les traits d'une brute grossière, c'est sans doute le Neandertal qui est évoqué.

 

Un chasseur néandertalien s'agenouille pour évaluer la taille d'un ours des cavernes d'après les empreintes laissées sur un sol sableux et glacé.

     Or, les premiers responsables de cette image sont les savants eux-mêmes. On eut du mal à admettre que les premiers ossements qu'on trouva de lui puissent être ceux d'un proche ascendant tant son crâne présentait des caractères surprenants. Les découvertes, dans la grotte d'Engis, en Belgique, puis à Gibraltar, arrivèrent trop tôt, eu égard au développement de la paléontologie humaine, pour qu'on y prêtât grande attention. Mais les idées sur l'ancienneté de l'homme progressaient lorsque, en 1856, dans une carrière du vallon de la Neander, près de Düsseldorf, on exhuma quelques os dont la partie supérieure d'un crâne. L'hypothèse que cette calotte appartînt à un direct prédécesseur de l'homme fut cependant accueillie avec scepticisme, sinon ironie, par plusieurs anatomistes. Il faut dire qu'à l'époque, elle avait de quoi surprendre, cette calotte ; très aplatie, le front fuyant vers l'arrière et avec un épais bourrelet osseux et continu formant le bord supérieur des orbites. L'un y vit un crâne pathologique, un autre celui d'un cosaque venu au temps des guerres napoléonienne, ce qui n'était pas courtois pour les cosaques. L'Anglais Huxley soupçonna cependant qu'il pouvait s'agir du crâne d'un précurseur de l'Homme moderne et, devant les sarcasmes d'un confrère, répliqua qu'il préférait avoir comme ancêtre un singe réussi plutôt qu'un Adam dégénéré ! Puis d'autres découvertes suivirent. En 1865, dans une caverne dite "le trou de la Naulette", près de Dinant, en Belgique, le géologue Dupont exhuma une mandibule humaine associée à des os d'animaux disparus ; mammouths, rhinocéros laineux, rennes... C'était la première mandibule de Néandertalien découverte. Préhistoriens et anthropologistes s'interrogeaient alors pour savoir si les prédécesseurs de l'homme possédaient la parole. Comme on pensait que certains caractères osseux sur la mandibule étaient liés à l'emploi du langage articulé, l'un d'eux écrivit : "La parole est une excellente caractéristique du genre humain. Mais en a-t-il été toujours ainsi ? La mâchoire de la Naulette répond non" (ce qui tendrait aussi à prouver que les muets peuvent parler).

Vers le milieu du XIXème siècle fut découverte la calotte crânienne d'un des tout premiers neandertaliens connus. Elle suscita aussitôt d'âpres controverses.

     Les trouvailles successives, d'abord dans la grotte de Spy, en Belgique, puis un peu partout, démontrèrent enfin l'existence et l'extension en Europe d'un groupe d'hommes particuliers qui vécurent entre 120 000 et 35 000 ans avant l'époque actuelle. Mal accueillis à l'origine, les restes de Neandertal prenaient leur revanche en donnant leur nom à l'ensemble de ce groupe humain qu'on appelle désormais les Néandertaliens. Mais c'est à partir des ossements complets découverts au début du siècle en France qu'on fit la description de leur apparence physique, notamment à partir du squelette trouvé en 1908 en Corrèze, à La Chapelle-aux-Saints, dans une sépulture. Ainsi, on découvrait que les frustes Néandertaliens enterraient leurs morts.

     Malheureusement, le paléontologiste réputé, Marcellin Boule, qui en fit la reconstitution et l'étude, disposait de vertèbres présentant un caractère pathologique. L'homme de La Chapelle-aux-Saints avait une arthrose des vertèbres cervicales ; il souffrait aussi d'une subluxation de la hanche...

     Marcellin Boule est responsable de l'image de l'Homme de Neandertal, la tête dans les épaules, légèrement fléchi sur ses jambes, image que l'on sait maintenant inexacte, mais qui inspira Paul Dardé pour sa sculpture des Eyzies...

     Il n'en reste pas moins que l'Homme de Neandertal européen présente une morphologie spécifique. C'était un homme de petite stature, d'environ 1,55 m, mais très robuste, avec un tronc massif et des jambes plutôt courtes. De même que chez ses prédécesseurs, l'attitude était parfaitement redressée. Sa tête était très volumineuse et plusieurs crânes de Néandertaliens avaient une capacité supérieure à celle de l'homme moderne. Mais ce crâne était plus allongé d'avant en arrière, sans être très haut, avec un front fuyant. Comme chez les Archanthropiens archaïques, il présentait un énorme bourrelet osseux continu au-dessus des orbites, alors que chez quelques spécimens d'Homo erectus le bourrelet était aminci dans la région médiane. La face était très développée dans toutes ses dimensions, avec des pommettes effacées cependant, des orbites très grandes et arrondies, une ouverture nasale large, une mandibule massive et robuste, un menton fuyant en arrière. Tout le massif facial était projeté en avant.

Les néandertaliens, ainsi appelés parce que leurs premiers restes fossiles ont été trouvés dans la vallée de Neander, en Allemagne, ont vécu en Europe et au Moyen-Orient à partir de -120 000 ans. Bien que leur apparence physique évoquât l'archétype de "l'homme des cavernes", ils avaient un cerveau aussi gros que celui de l'homme actuel et étaient loin d'être des "brutes", avec un mode de vie comprenant des manifestations culturelles. Les néandertaliens enterraient parfois leurs morts, décorant leurs tombes. On a trouvé dans celles-ci des traces de viande et des outils, ce qui suggère une croyance dans la vie après la mort.

     Pour caractéristique que soit la morphologie du Néandertalien, on a beaucoup exagéré son caractère bestial et, comme on l'a dit parfois, vêtu comme nous, il n'est pas certain qu'on le remarquerait. Il faut ajouter que cette description s'applique surtout aux Néandertaliens de l'Europe occidentale, encore appelés Néandertaliens classiques par les anthropologistes. En fait, l'ensemble des représentants du groupe, qui occupa une très vaste aire en Afrique, Asie, Moyen-Orient, Europe, présente une variabilité morphologique et plusieurs ont des traits qui les rapprochent davantage des hommes actuels. Cette extension montre une vitalité qui leur fit conquérir des biotopes très variés sous des climats divers. En Europe occidentale, ils furent les contemporains des grands froids de la glaciation würmienne, marqués par le développement maximum des glaciers scandinaves, alpins, pyrénéens et du Massif central. Bien qu'au cours de ces 70 000 ans des oscillations climatiques aient amené des phases plus clémentes entrecoupées de périodes rigoureuses, ce climat contribua sans doute à l'isolement de cette partie de l'Europe où les générations d'Hommes de Neandertal se succédèrent, comme en vase clos, exagérant des caractéristiques physiques qui ne sont pas aussi marquées ailleurs dans le monde.