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HABITAT AU PALEOLITHIQUE SUPERIEUR

ABRI SOUS ROCHE

 

 

     C'est un emplacement protégé naturellement des intempéries par un surplomb rocheux.

 

 

 

 

Les abris sous roches sont parfois aménagés pour les protéger du vent....

 

Divers habitats d'Europe

PINCEVENT :(France)

-----Cette aventure est l'illustration d'une situation fréquente en archéologie. Des activités nouvelles, construction de bâtiments, fondations d'autoroutes, ouverture de carrières, mise en labour... font découvrir des traces anciennes de l'activité humaine enfouies dans le sol et repérées par des professionnels attentifs ou des amateurs éclairés. Suivant le cas, ces témoignages et le site qui les contient sont irrémédiablement détruits, ou bien un arrangement se fait avec les responsables des chantiers : des études hâtives - on dit fouilles de sauvetage - sont menées dans un temps limité. Dans quelques cas enfin, le chantier peut être déplacé et parfois arrêté. Il en fut ainsi à Pincevent où les zones paléolithiques ont pu être préservées, après d'autres, plus récentes ont disparu.

     Arrivés à la fin du printemps avec une petite provision de lames de silex provenant d'un gisement situé 40 km plus au nord, les magdaléniens s'installèrent à Pincevent. Ce lieu de passage des troupeaux de renne offrait également un gîte de silex sur les berges de la Seine. Des abris légers étaient installés, adossés aux vents dominants de l'ouest et ouverts sur un foyer installé à un mêtre vers l'avant. En remontant à la manière d'un puzzle un rognon de silex à partir des multiples éclats et outils dispersés sur le sol du campement, les archéologues tirent des informations sur le niveau technique des tailleurs ainsi que sur les échanges et partages entre les différentes unités d'habitation (dix unités sur une superficie de 3 500 m²). Les mêmes remontages se font à partir des pierres de foyer ou des ossements de renne.

     Ce site a été visité et occupé pendant plusieurs siècles. Les premiers chasseurs du Paléolithique supérieur venaient y chasser le mammouth, tandis que les derniers, les Magdaléniens, y avaient établi un campement et poursuivaient le renne. C'est ce campement qui a fait l'objet d'une fouille approfondie.

     La première phase a consisté à mettre à nu, par un découpage fin et progressif, le sol archéologique où vinrent s'installer quelques chasseurs il y a plusieurs millénaires. On comprend l'émotion du chercheur quand il peut trouver intacts les témoignages de la vie quotidienne d'une si lointaine humanité, comme l'exprime A. Leroi-Gourhan.

     Certes, les témoins qui parviennent jusqu'au préhistorien du XXe siècle sont incomplets, fragmentaires. Beaucoup parmi les plus périssable ont irrémédiablement disparu : bois, feuilles, peaux... Il ne reste rien du langage, des mentalités, de la forme des relations entre les hommes, l'utilisation même de certains éléments matériels est inconnue : à Pincevent, l'ocre imprègne le sol ; elle a été largement employée, mais à quelles fins : peintures corporelles, peinture d'habitations, des outils ? Nous ne pouvons le savoir. Seule, sa répartition inégale sur le sol permet de délimiter des zones de couchage qui, couvertes, sont restées intactes de colorant.

     Peu à peu, de la masse des informations, on tire un faisceau de présomptions logiques, de preuves qui permettent de décrire avec plus de précision ce que pouvait être une halte de nos lointains ancêtres chasseurs sur les bords d'une rivière.

     C'est le début de l'été. Suivant à distance les déplacements d'un troupeau de rennes, un petit groupe de chasseurs vient s'installer non loin d'un gué sur la rivière. Deux à trois familles le composent et ne rassemblent pas plus de quinze personnes. Leur équipement est réduit à l'essentiel transportable sans peine. Dans les bagages, quelques peaux nécessaires à l'édification d'un abri, quelques lames d'un beau silex rouge étranger à la région seront utilisables.

     Chaque famille taille quelques longues perches qu'on dresse et lie en cône : on y tend les peaux pour former une tente de 3 m de diamètre. Point n'est besoin ici de placer des pierres au bas des parois comme on le fait parfois, un bourrelet de limon pris sur les berges suffira à calfeutrer.

     On associe les tentes. Aujourd'hui on décide que les ouvertures se regardent (ce n'est pas toujours le cas). Un grand espace commun est ainsi délimité. A l'entrée de chaque tente on prépare un foyer : une cuvette est creusée dans le sol, on oriente la cavité en fonction de la direction du vent pour assurer un meilleur tirage. De grandes plaques calcaires sont dressées tout autour, certaines obliquement. Elles permettent d'exposer au feu quelque pièce de nourriture ou objet à chauffer.

     A côté de chaque foyer, on peut placer un gros bloc qui servira de siège. Là sera le pôle de l'activité domestique : on y taillera ou retouchera les outils, décharnera le gibier abattu, brisera les os pour en extraire la moelle. Tous les débris se répandent sur le sol environnant et peu à peu les allées et venues les écarteront, délimitant les zones de passage principales. Le feu sert à de multiples usages : on chauffe le silex qu'on débite mieux ainsi ; on expose les sagaies à la chaleur pour redresser la courbure du bois de renne dans lequel elles sont taillées ; chaque jour on chauffe des pierres : peut-être servent-elles ainsi à réchauffer un liquide contenu dans un récipient de peau.   On entretien une combustion économique en choisissant des bois qui brûlent lentement et laissent peu de cendres ; les débris d'os même sont brûlés.

Tente de chasseur de Pincevent

        Situé à l'entrée de l'habitation, ce foyer sert sans doute de chauffage et la fumée écarte les moustiques. A la lueur qu'il donne s'ajoute alors celle de la graisse qui brûle dans un bloc de pierre creusé en cupule.

     Dans les tentes, on installe des litières de branchages ou de peaux ; on y serre les objets précieux ; de l'ocre qui se répand sur le sol et dessine le contour de la zone de couchage. Au cours du séjour et suivant la nécessité du travail domestique, on allume à l'écart de petits foyers supplémentaires et très simples, suffisants sans doute pour faire une courte cuisine, un boucanage ou un écorçage... Peut-être les jeunes adolescents exercent-ils là leurs premiers talents.

      La petite troupe est sur le territoire d'un beau troupeau de rennes. Il va suffire à assurer une belle saison de chasse et l'on abat sans distinction animaux âgés ou jeunes de l'année. A l'occasion, un rare cheval est tué. Mais, au cours du séjour, on signale la présence d'un loup. C'est un concurrent dangereux et sa fourrure est appréciée ; il est abattu.

     La chasse est fructueuse et chacun avale 850 g de viande quotidiennement. On ne laisse rien perdre des carcasses dont on fracture tous les os longs pour en extraire la moelle tandis que les os plats servent de pelles.

     Les jours se partagent entre la chasse, les activités domestiques et l'exploration du voisinage au cours de laquelle on a ramassé un morceau de pyrite et un fragment corallien. Ils vont rejoindre les objets curieux que l'on collectionne.

     Mais la saison froide arrive. Peut-être les rennes se déplacent-ils ? Il faut abandonner l'endroit où l'on reviendra l'année prochaine. On ne se charge pas et l'on abandonne sur place tout ce qui n'est pas indispensable et peut être aisément remplacé.

     Tous les déchets d'une saison de chasse jonchent le sol, restes non utilisés, outils. On oublie, peut-être volontairement, une baguette en bois de renne dont on avait commencé à redresser la courbure pour en faire une sagaie ; on laisse les objets insolites collectés précédemment.

     Peu à peu, le vent efface les traces les plus légères ; les rongeurs viennent se régaler de quelques reliefs ; le bois commence à pourrir sur place. Au printemps, la lente montée de la rivière va recouvrir les derniers vestiges d'un fin limon, masquant à jamais le sol abandonné d'un campement d'été de chasseurs magdaléniens, à moins que, 12000 ans plus tard, quelque préhistorien...

HABITAT D'HIVER A GONNERSDORF (Allemagne)

Située sur la rive droite du Rhin, l'habitation a été établie à demeure et occupée à plusieurs reprises. Les magdaléniens qui chassaient le cheval, le renne et le renard, vivaient dans une grande tente circulaire. Des plaquettes de schiste gravées de représentations animales et humaines jonchaient le sol de l'habitat. Quelques statuettes féminines schématiques ont été retrouvées dans de petites fosses.

 

HUTTES D'ARGILE ET DE CALCAIRE...(en Moldavie)

24 000 ans avant J.C., les chasseurs-cueilleurs savaient construire des habitations permanentes. L'une des huttes de Dolni Vestonice en Moravie comprenait un mur d'argile et de calcaire, et quelques poteaux soutenant une charpente de bois recouverte de peaux et de branchages. Au centre de la hutte se trouvait un four fait avec de l'argile et des pierres.

 

ABRI DES CHASSEURS MAGDALÉNIENS DE LA TAÏGA...

La grotte est la plus efficace des abris naturels. Mais elle reste un refuge rare, limité aux régions calcaires où les eaux, en dissolvant la roche, ont creusé des cavernes naturelles. L'ingéniosité humaine crée des 'grottes artificielles' que sont les cabanes. Certaines sont enfouies pour mieux protéger du vent et pour bénéficier des douceurs de la terre.

 

Telles sont les longues habitations enterrées des chasseurs d'Ukraine ou de Sibérie, comme Timonovka.

 

 

EN UKRAINE...

-----En Ukraine, de nombreuses huttes d'habitation du Paléolithique supérieur sont fabriquées à l'aide d'ossements de mammouths et de rennes. Ces habitations sont de forme circulaire et leurs dimensions sont variables. 

     Les armatures de ces huttes sont généralement composées sur la partie inférieure de grands os et de crânes de mammouths. Souvent, deux crânes avec leurs défenses constituent l'entrée dont le linteau est obtenu au moyen d'un os creux long qui unissait les défenses comme un double manche. Ce sont surtout des bois de rennes qui servent à la construction du toit.

 

     Parfois, des mandibules de mammouths étaient empilées et complétées par des omoplates façonnées de manière à s'y intégrer sans peine. A titre exceptionnel, des os de bassin et d'autres os de mammouths étaient également employés pour la construction.

     A Iudinovo, site Ukrainien, on a mis à jour une habitation circulaire de 5,6 m de diamètre, qui présentait des paires de crânes de mammouths sur son pourtour à une certaine distance les uns des autres. Un tiers du cercle extérieur, en outre, était limité par des mandibules et des os longs de mammouths. La position des os recueillis à l'intérieur de l'habitation indique que la surface était divisée en deux parties, l'une plus grande avec les restes d'un foyer, et l'autre plus petite sans foyer. Autour de l'habitation étaient disposées des fosses à provisions. En dessous de ce niveau, un autre plus ancien contenait également les restes d'une habitation circulaire détruite en partie par la construction de la hutte supérieure.

     La dernière découverte Ukrainienne mise à jour à Mezhiritch, est la plus intéressante. C'est une construction circulaire d'un diamètre de 5m et d'une surface approximative de 40 m carrés dont la partie inférieure était parfaitement conservée parce qu'elle avait été recouverte de lœss peu après sa destruction. La partie supérieure était restée à l'air libre un certain temps, et elle est de ce fait moins bien conservée. Les fondations de la construction étaient constituées par des mandibules de mammouths. C'étaient le plus souvent de 2 à 4, exceptionnellement 5 mandibules qui avaient été empilées pour former un mur de soutien assez élevé.

      D'autres formes d'habitations ont également été découvertes en Ukraine et en Sibérie, elles étaient en partie enterrées et avaient des formes diverses. Certaines étaient allongées, divisées en plusieurs parties, et chaque partie comportait plusieurs foyers. Les premières constructions de ce type datent du Moustérien, mais on retrouve également ce type de construction au Paléolithique supérieur.

      En Sibérie, le bois était rare; les chasseurs utilisaient les os des gros animaux comme piquets des tentes qu'ils recouvraient de peaux de bêtes. Ce type de construction était semblable à celui des huttes en os de mammouths, dressées antérieurement en Ukraine. Cela indique une diffusion technique vers l'Est.