|
|
LA GROTTE DE BERNIFAL La grotte de Bernifal (Dordogne), est située sur la commune de Meyrals.
A 110 mètres de l'entrée de la première grotte ornée découverte en France, celle de La Mouthe, s'ouvre la salle de la Hutte. Ce qui lui a valu ce qualificatif est un dessin, à la fois gravé et peint en trois couleurs, noir, rouge et brun, fait d'un rectangle central de 78 cm sur 55 cm et "comme étayé de chaque côté par des supports tracés en rouge-brun". Emile Rivière, le découvreur, y vit une hutte, l'abbé Breuil un tabernacle où résidait l'Esprit qui gouvernait le gibier. C'est un exemple de ces multiples signes géométriques qui accompagnent, çà et là, les animaux des fresques rupestres. Sans préjuger de leur signification, on les décrit en fonction de leur morphologie : tectiformes (en toit), scutiformes (en écu), claviformes (en clef ou en massue), scalariforme (en échelle), pectiformes (en peigne)... auxquels s'ajoutent des points, des accolades, des hachures, des traits allongés, parfois "barbelés", parfois terminés en pointe de flèche. Dès les premières découvertes, les préhistoriens ont assimilé certains des signes géométriques à l'objet dont ils leur rappelaient la forme "hutte", "piège", "barrière", "sagaie", ou bien encore "blessure", dans le cas de cercles ou de points portés sur les animaux. Il faut convenir que leur représentation n'est pas très précise et que beaucoup de signes restent sans équivalent matériel, alors que dans les interprétations modernes, l'ensemble de ces signes prend une tout autre signification et une dimension symbolique qui sera exposée plus loin. La création artistique paléolithique s'étend sur une longue période au cours de laquelle une évolution des motifs est perceptible. André Leroi-Gourhan a ainsi distingué tant pour l'art pariétal que mobilier, plusieurs périodes stylistiques.
GROTTE DES TROIS FRERES La grotte des Trois Frères et le Tuc d'Audoubert appartiennent au même système et, comme l'écrivait Breuil, 'peu de découvertes ont, plus que celle-ci, une jolie tournure de roman'. C'est en 1910 que les trois fils du comte Bégouen, sur une embarcation, explorent le réseau souterrain et découvrent de vastes galeries où l'un d'eux, le 10 octobre, brise une draperie stalagmitique qui masquait un long couloir.
Or cette étonnante trouvaille eut une suite. En 1916, les trois frères, mobilisés, profitent d'une permission pour explorer un trou du plateau calcaire. Ils ressortent par l'entrée d'Enlève, après avoir accédé à un vaste complexe de salles et galeries ornées de gravures. La caverne des Trois Frères est découverte. Parmi les figures, l'une des plus énigmatiques de l'art paléolithique : le sorcier, cornu, mi-homme, mi-animal, alimenta bien des exégèses sur la signification de l'art préhistorique.
Les êtres énigmatiques, cornus, mi-hommes, mi-animaux ou les personnages masqués sont en nombre restreint. Le plus fameux est le Sorcier de la grotte des Trois Frères. Situé à 4 m de haut, sur la voûte, dominant un fouillis d'animaux, il est gravé et en partie peint en noir. L'abbé Breuil en fit la description et l'interprétation suivantes : "Vu de face, cette tête a des yeux ronds pupillés entre lesquels descend la ligne nasale se terminant par un petit arceau. Les oreilles dressées sont celles d'un cerf ; sur le bandeau frontal peint en noir émergent deux fortes ramures épaisses sans andouillers frontaux, avec un seul andouiller court déjà assez élevé au-dessus de la base, après lequel chaque branche se coude vers l'extérieur pour se diviser à nouveau en deux à droite et trois à gauche. Il n'y a pas de bouche, mais une très longue barbe striée tombant sur la poitrine. Les avant-bras sont relevés et joints horizontalement, se terminant par deux mains juxtaposées, à doigts courts et tendus ; leur couleur est délavée, presque disparue. Une large bande noire cerne tout le corps, s'amincissant à l'ensellure lombaire et s'étendant aux membres inférieurs fléchis. Un point marque la rotule de gauche. Les pieds, orteils compris, sont assez soignés et marquent un mouvement analogue à celui de la danse du "Cakewalk". Le sexe mâle, accentué, non érigé, est rejeté en arrière, mais bien développé, inséré sous une queue abondante (loup ou cheval) à petite houppe terminale. Telle est évidemment la figure que les Magdaléniens considéraient comme la plus importante de la caverne et qui nous paraît, à la réflexion, celle de l'Esprit régissant la multiplication du gibier et les expéditions de chasse." A ces êtres s'ajoutent quelques contours imprécis qui évoquent les "fantômes" de l'imagerie humoristique, avec des yeux ronds au milieu d'un suaire et qui achèvent de montrer combien la représentation de la figure humaine par les Paléolithiques est caricaturale alors que nombre de dessins d'animaux montrent la précision et la justesse de l'observation qu'ils pouvaient atteindre. LA GORGE D'ENFER
FIN
|