LA CONQUÊTE DU FEU![]()

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Poussé par la curiosité, mais encore retenu par la crainte, ce chasseur s'expose à la vive chaleur de cette terrifiante source de feu -la lave en fusion- |
Si les homo erectus font progresser le travail de la pierre, leur grande conquête reste la maîtrise et la production du feu, l'une des étapes majeures du progrès technologique de l'humanité.
On sait combien le feu, dans les civilisations que nous connaissons, a pu être divinisé ou sacralisé. Selon le mythe, il a fallu que Prométhée le volât aux dieux pour que l'homme en disposât. Homo prometheus, eut-on pu nommer ces Archanthropiens qui, les premiers, firent jaillir la flamme selon leur désir et leur besoin ! Pourtant, ce n'est que tardivement que ces hommes se donnèrent le moyen d'utiliser et de créer le feu. En Afrique orientale, berceau des Archanthropiens, on n'a pas de preuves décisives de son utilisation avant 100 000 ans seulement. Aussi quels que soient ses avantages incontestables, le feu n'a pas été une condition nécessaire ni utile à la formidable expansion des Archanthropiens puisqu'ils ont conquis l'Ancien Monde sans son aide. C'est en Europe seulement qu'on trouve les traces les plus anciennes de ces foyers. Certains pensent que le climat moins clément qui y régnait a été un facteur qui a favorisé son acquisition par l'homme.
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Témoins d'un incendie naturel allumé par la foudre dans une forêt de pins, ces chasseurs font preuve d'attitudes diverses. Certains d'entre eux, plus fascinés qu'effrayés par le spectacle, découvrent qu'ils peuvent s'emparer du feu en plongeant dans le brasier une branche ou un bâton. |
Mais la date de son apparition prête à controverses selon que l'âge de certains sites où il a été signalé pour la première fois n'est connu qu'avec approximation ou selon les critères qu'on choisit pour affirmer que l'homme le maîtrisait.
Le plus ancien témoignage semble être apporté par la grotte de l'Escale, dans les Bouches-du-Rhône. Elle fut découverte en 1960 au cours des travaux menés par Électricité de France pour l'usine hydro-électrique de Saint-Estève Janson. Dans cet abri, des strates, correspondant à un épisode tempéré de la glaciation de mindel et qui remonterait environ à 700 000 ans, ont livré, au milieu des restes d'une faune archaïque, quelques rares pierres calcaires intentionnellement taillées et cinq à six emplacements de feux. Ils sont étendus, couvrant 2 à 4 m², et le sol, fortement rubéfié, l'épaisseur des cendres attestent une combustion intense. Pour quelques préhistoriens, il n'est pas absolument certain que ces feux soient aussi anciens, ni même qu'ils aient été intentionnels ; ils préfèrent utiliser le critère que représente l'aménagement d'un foyer pour affirmer la présence d'un feu volontaire dans un gisement préhistorique.
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Après avoir allumé un incendie dans une forêt, les chasseurs abattent les biches qui s'enfuient. |
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Trois sites européens sont dans ce cas, l'un en Hongrie, l'autre en Italie et le troisième en France, dans le site niçois de Terra Amata dont nous aurons l'occasion de reparler. Ils ne sont pas antérieurs à 400 000 ans. Le site à Sinanthrope de Choukoutien, près de Pékin, où des amas charbonneux ont été signalés, date d'une époque voisine.
Aucun vestige matériel ne peut nous apprendre comment les Archanthropiens sont passés de l'observation du feu à la connaissance de ses avantages pour eux-mêmes, des techniques de conservation aux techniques de production. On a imaginé que c'est le ramassage d'une bête morte dans un incendie qui leur a révélé le goût de la viande cuite qu'ils auraient appréciée ; ou bien la chute accidentelle d'un de leurs aliments dans le foyer qu'ils possédaient. Dans ce domaine, on en est réduit à des suppositions. On présume le plus souvent que l'homme a tout d'abord maîtrisé et employé le feu avant de savoir le faire naître.
On pourrait aussi bien supposer que l'homme a employé le feu seulement à partir du moment où il a appris à le produire ; on ne peut démontrer qu'il soit nécessairement passé par un stade d'utilisation sans production. On peut convenir, cependant, que c'est la manipulation du feu qui représente un état d'esprit nouveau, une sorte de "progrès psychique".
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Au crépuscule, quelques représentants d'un groupe d'homo erectus se sont rassemblés autour d'un feu de camp. |
Quelles étaient les techniques de la production du feu ? Voilà encore une question dont les réponses ne sont que des hypothèses fondées sur des comparaisons ethnographiques.
Deux principes sont connus ; la percussion qui donne des étincelles et la friction qui produit un échauffement localisé. Par le premier procédé, il faut non seulement faire jaillir des étincelles, mais aussi les rendre assez durables pour pouvoir les diriger vers une matière inflammable. Le choc de deux silex produit des étincelles brèves et ces matériaux ne sont pas faciles à manipuler pour allumer un foyer. Rappelons que dans le briquet à feu, connu jusqu'au XIX ème siècle, le silex servait à choquer une pièce de métal. Ce sont les particules métalliques détachées -et incandescentes par combustion avec l'oxygène de l'air- qu'on faisait tomber sur une charpie de chiffon carbonisé (on utilisait même une allumette soufrée intermédiaire pour passer de la première flamme à une bouger ou au foyer !). La pyrite de fer qui aurait pu servir aux préhistoriques n'est pas rencontrée avant le Paléolithique supérieur et reste rare. Il est donc possible que ce soit le principe de friction du bois qui ait été utilisé par les Archanthropiens pour échauffer la matière inflammable; étoupes, feuilles ou lichens séchés, sciure de bois. Plusieurs techniques sont connues, comme la rotation d'une baguette dure sur un bois tendre, à la mains ou à l'aide d'une cordelette ; ou bien la friction par mouvement de sciage.
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S'il est établi que la maîtrise du feu a pu modifier la vie des Archanthropiens, on ne peut toutefois mesurer exactement ses effets sur leur comportement. Nous ne savons ni quand ni comment sont apparues les premières applications qui on dû suivre rapidement son emploi ; cuisson d'aliments, durcissement d'éventuels épieux de bois, peut-être chauffage (encore que cette application nous paraisse accessoire). Il ne faut sans doute pas exagérer la protection que le feu pouvait assurer contre les animaux "féroces" qui avaient déjà dû apprendre à leurs dépens combien une petite troupe d'Hominidés ingénieux, agressifs et sociaux était redoutable. |
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A côté du foyer et du rôti à la broche, utilisation domestique du feu, ce vieil Homo erectus durcit sur les braises la pointe d'un épieu ou d'une lance, façonnée au racloir de silex. |
Sans doute le feu, phénomène spectaculaire et bénéfique, a-t-il été intégré dans le système de pensée, dans les croyances archanthropiennes, mais sans qu'on puisse dire plus à ce propos. Il est probable que l'organisation sociale a été influencée, et il est possible que le feu ait été l'origine d'une division de travail, de la corvée de bois à l'entretien permanent des flammes. L'amélioration de la digestibilité de la viande que la cuisson apporte procure un avantage, dans l'alimentation du jeune surtout. Peut-être cela a-t-il favorisé la vitalité démographique des populations des Archanthropiens. Il est hors de doute que les relations sociales -déjà développées chez nombre de mammifères ou d'autres primates actuels- étaient une caractéristique des Archanthropiens et le feu n'a guère dû ajouter à ce domaine. Mais peut-être la lueur des flammes a-t-elle permis la prolongation nocturne de quelques activités diurnes ? On peut toujours supposer aussi que le foyer a été le pôle d'attraction regroupant les membres de la tribu le soir, à moins que ces redoutables chasseurs n'aient continué à se lever et se coucher avec le jour. Il est ainsi plusieurs questions auxquelles les vestiges matériels dont nous disposons ne peuvent malheureusement pas apporter de réponses.
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