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Depuis des siècles, l'art des cavernes a suscité diverses hypothèses interprétatives, plus ou moins plausibles, afin de répondre à la question première: "Pourquoi allaient-ils faire des dessins au fin fond des grottes ?" Les tentatives d'explication les mieux argumentées, celles aussi qui eurent le plus de succès, furent le fait de chercheurs français. Salomon Reinach, le comte Bégouën, André Leroi-Gourhan et Annette Laming-Emperaire qui avancèrent des théories sur les motifs des premiers artistes de l'humanité. Une autre théorie a été émise par Jean Clottes et David Lewis-Williams rapprochant l'art des cavernes du chamanisme. L'art des cavernes, qui n'a été reconnu réellement qu'en 1902, jouit d'un immense prestige dans le monde entier. Cela s'est vérifié lors des découvertes des grottes Cosquer (1991) et Chauvet (1995). Cette même année, grâce à une mobilisation sans précédent, les travaux d'un barrage ont été arrêtées pour protéger les gravures de Foz Côa, dans le nord du Portugal. Avant tout, l'art paléolithique est un art animalier. Certains spécialistes, depuis quelques années, insistent sur l'importance des signes géométriques. Ces signes et les tracés indéterminés surclassent numériquement les animaux.
La majorité des animaux figurés sont ceux que les Paléolithiques voyaient autour d'eux et qu'ils chassaient. Dans l'art paléolithique, les chevaux dominent. Ils peuvent localement être surclassés par les bisons (Pyrénées ariégeoises) ou les biches (Espagne) voir les rhinocéros et les félins (dans la grotte Chauvet) ou, bien plus tard, les mammouths (à Rouffignac).
On a dénombré également une centaine de représentations humaines, sans compter les mains et les vulves isolées. Outre leur rareté relative, les représentations humaines présentent deux caractéristiques majeures : elles sont presque toujours incomplètes, voire réduites à un segment corporel unique; elles sont peu naturalistes, contrairement aux animaux. Les humains entiers sont exceptionnels, guère plus d'une vingtaine. Les capacités artistiques des peintres et graveurs ne sauraient être mise en cause. C'est délibérément qu'ils ont choisi de représenter les humains flous, peu détaillés ou déformés.
Certains sujets ont été délibérément ignorés par les Paléolithiques. Parmi les animaux, certains n'apparaissent pas dans l'art pariétal, comme les insectes ou les rongeurs, voire les sangliers. D'autres animaux sont rares (oiseaux, serpents, poissons) ou connus à 1 ou 2 exemplaires (lièvre de Gabillou; hibou, hyène et panthère de Chauvet; pingouins de Cosquer; belette du réseau Clastres; renard d'Altxerri; loup de Fontgras; daim des Combarelles; bœufs musqués du Roc-des-Sers et de Chauvet; hémiones des Trois-Frères). En dehors de la faune, les artistes n'ont pas représenté leur cadre naturel (paysages, habitat, feu, outils ou armes). Durant tout le paléolithique, les artistes ont employé les mêmes techniques de base pour la peinture et la gravure. Ils ont représenté la même faune, surtout de grands herbivores, avec une majorité de chevaux et de bisons. Les animaux sont toujours accompagnés de signes géométriques et de tracés indéterminés. POURQUOI CES DESSINS ? - Magie de la chasse ? Dès le début du XXème siècle, Reinach jeta les bases de la théorie connue sous le nom de "magie de la chasse". Elle fut complétée par l'abbé Breuil et le comte Bégouën, au point que cette théorie persista jusqu'à la fin des années cinquante. -Art structuré ? Par la suite, des tentatives structuralistes d'explication de l'art paléolithique ont commencé à se développer avec Annette Laming-Empaire et André Leroi-Gourhan. Ce dernier étudia une soixantaine de grottes, en établit un inventaire et en compara les éléments. Il arriva à la conclusion que bisons et aurochs, mammouths et chevaux constituaient la base du bestiaire, qu'on les trouvait souvent associés et qu'ils occupaient de préférence les panneaux centraux. Des animaux complémentaires, souvent en position seconde (bouquetins, cerfs) leur faisaient cortège. Les animaux dangereux, tels les lions, les ours et les rhinocéros, étaient relégués dans les fonds. Les signes se combinaient au bestiaire et aux particularités topographiques en des associations complexes. Leroi-Gourhan en déduisit qu'il s'agissait d'un symbolisme sexuel ou animaux et signes auraient une valeur mâle ou femelle. Ils seraient à la fois opposés et complémentaires. - Chamanisme ? Jean Clottes et David Lewis-Williams (auteurs des Chamanes de la Préhistoire) pensent qu'il existe des raisons de soupçonner l'existence de certaines formes de chamanisme au Paléolithique supérieur. Il est certain que certains humains de cette époque devaient être capable d'avoir des hallucinations au même titre que les chamanes des communautés de chasseurs-cueilleurs. Ces sociétés, dans le monde entier, comptent des praticiens qui, dans le cadre religieux, recherchent les états de conscience altérée pour accomplir toutes sortes de tâches. Les auteurs pensent que c'est la caverne elle-même qui devrait être vue comme un ensemble composé d'espaces que singularisait la tenue de rites différents. Certains de ces rites impliquaient la réalisation d'images sur les parois, les voûtes et les sols. Toute une série d'activités devaient se dérouler dans les cavernes. Elles affectaient les parois, les plafonds, les sols, les stalactites et les stalagmites de ces grottes. On en touchait, perçait, marquait les surfaces. Dans certains cas, des reliefs naturels étaient interprétés comme la matérialisation partielle d'images. Le contexte, la caverne elle-même, avait donc à l'évidence un sens. Ce n'était pas simplement un endroit commode pour y faite des dessins. Les grottes étaient peut-être des passages, qui conduisaient à l'étage inférieur du cosmos chamanique. Les gens qui y rampaient et y marchaient étaient complètement entourés par ce monde de l'au-delà. Dans de nombreuses sociétés de ce type, les chamanes visitent le monde inférieur au cours de leurs hallucinations. Pendant le Paléolithique supérieur, ils s'y rendaient non seulement pendant leurs visions mais aussi en explorant les passages, les galeries et les salles des cavernes.
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