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Les grandes frises rupestres peintes ou gravées dans les grottes obscures du Périgord ont gagné une renommée mondiale. Dans la salle des taureaux de la grotte de Lascaux, qu'on a surnommée la 'chapelle Sixtine de la Préhistoire', c'est par milliers que les visiteurs ont défilé devant la licorne ; si nombreux qu'on a dû fermer définitivement au public cette caverne, tant la modification du milieu entraînait un processus d'altération irrémédiable des peintures.
Mais bien des grottes renferment d'autres chefs-d'œuvre... qui ne bénéficient pas toujours de protections efficaces. Aux fresques des galeries profondes s'ajoutent les bas-reliefs sculptés des abris-sous-roche dont la qualité ne cède rien à celle des peintures. Le talent des artistes paléolithiques éclate aussi dans l'ornementation de nombre d'objets de la vie quotidienne, armes, outils, pendeloques, gravés ou sculptés d'animaux à la plastique incomparable.
Nul n'ignore aujourd'hui que nos ancêtres, il y a plus de 12000 ans, ont donné les premières grandes formes d'art. Pourtant, les premiers préhistoriens eux-même leur ont, un moment, refusé la paternité d'œuvres que leurs qualités esthétiques inscrivent au catalogue des trésors artistiques de l'humanité. On a, en effet, douté de leur authenticité - c'est à dire de leur ancienneté -, parfois à cause de leur protection même, tant était partagée l'idée, qui a encore parfois cours de nos jours, qu'une 'infériorité' dans le domaine technologique s'accompagnait d'une infériorité dans d'autres domaines, notamment celui de l'art. Quand il fut enfin unanimement admis, au début de ce siècle seulement, qu'un art paléolithique existait, des interprétations furent émises sur les motivations qui avaient animé les chasseurs de l'époque glaciaire, alimentant des discussions qui, avec les plus récentes études, ne sont pas closes aujourd'hui.
ART PARIÉTAL Cet art débute vers -35 000 ans par une période préfigurative illustrée de rares témoins, blocs de pierre ou os portant de simples incisions. De -30 000 à -25 000 ans lui succède le style 1, marqué par quelques plaques de pierre à figuration animales malhabiles, représentations vulvaires, points et bâtonnets. Avec le style II se développent les fresques pariétales. La ligne cervico-dorsale des animaux est stéréotypée et s'applique indifféremment à plusieurs, l'extrémité des pattes est généralement absente. C'est aussi l'époque des vénus et autres représentations féminines. Au style III, qui dure de -17 000 à -12 000 ans environ, le modelé s'affirme et les détails se précisent, mais les animaux sont créés sans souci des proportions réelles. C'est à partir du style IV, qui comprend deux phases successives, que l'art pariétal prend toute son ampleur ; équilibre des proportions, modelé en dégradés, détail des crinières, qui s'accompagnent de nombreux signes. C'est à ce style qu'appartient la précision naturaliste.
Ainsi, on constate que loin d'être des imitateurs précis de la nature, comme on s'est trop complu à le dire, les paléolithiques ont, en véritables artistes, interprété leurs modèles pour les reproduire. Photographies et descriptions rendent mal compte de l'intensité des œuvres pariétales en situation, qui animent les cavernes en se prêtant aux reliefs des parois. Cependant, les aménagements et éclairages modernes, qui facilitent l'entrée des grottes à de nombreux visiteurs à la fois, empêchent sans doute d'imaginer l'émotion qui animait les chasseurs paléolithiques progressant au sein des humides antres souterrains à la lueur vacillante des lampes à graisse.
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