ANNEE 2003

Les premiers hommes préhistoriques d'Australie, conquérants d'un monde hostile

PARIS, 18 fév (AFP) - Les premiers hommes étaient présents dans le sud-est d'Australie il y a 50.OOO ans et savaient faire face à un environnement rendu hostile par la sécheresse qui a décimé les grands animaux, révèle une équipe de scientifiques australiens dans la revue Nature de jeudi.

James Bowler, de l'Université de Melbourne, et ses collègues ont procédé à une nouvelle analyse des restes fossiles trouvés il y a une trentaine d'années sur les berges de l'ancien lac Mungo et qui alimentent depuis les débats sur l'origine unique ou multiple des ancêtres de l'homme moderne à travers le monde.

Ces découvertes proviennent notamment de deux sépultures portant des traces de saupoudrage en ocre rouge, interprété comme le témoignage d'un enterrement rituel, et les premières traces d'incinération d'un corps. En outre, ces restes ont permis d'obtenir un échantillon d'ADN de ces hommes préhistoriques entrés dans l'histoire de la science sous le nom d'"Hommes de Mungo".

Cependant, l'importance de ces découvertes n'a pu être estimée avec précision en raison de problèmes de datation (qui oscillaient entre 20.000 et 62.000 ans) et d'indices sur l'environnement de ces premiers Australiens. Ce doute est désormais levé, assurent les auteurs de l'article.

"Nous avons effectué vingt-cinq nouvelles datations par la technique de stimulation par luminescence optique, qui montrent que les deux sépultures remontent à 40.000 ans (avec une marge d'erreur de 2.000 ans). Les humains étaient déjà présents dans la région il y a 50 à 46.000 ans, en même temps que, ou peu après, la première colonisation du nord et de l'ouest d'Australie", indiquent James Bowler et ses collègues.

L'étude stratigraphique du site a par ailleurs révélé des fluctuations entre les périodes pendant lesquelles le lac était plein et celles caractérisées par un climat plus sec, en particulier la période d'il y a 50 à 40.000 ans.

Cette période correspond à l'arrivée de l'homme et à l'extinction de la grande faune, dont les loups de Tasmanie, les kangourous géants, ou encore un étrange marsupial qui fait penser au rhinocéros, le zygomaturus.

Ces indications "donnent une nouvelle image d'Homo sapiens capables de s'adapter à la déterioration du climat sur le continent le plus sec du monde", commentent les anthropologues australiens.

De nombreux mystères continuent néanmoins d'entourer les hommes de Mungo. Une analyse précédente de leur ADN a révélé que, tout en présentant une morphologie parfaitement moderne, ces hommes possédaient, dans leur patrimoine génétique, un fragment introuvable ailleurs.

Conformément à une hypothèse chère aux anthropologues chinois sur l'origine multiple des humains, il pourrait témoigner de l'existence d'une seconde espèce d'Homo sapiens descendant d'un ancêtre censé venir de Chine.


Les Homo heidelbergensis pratiquaient-ils des rites funéraires ?

     La découverte en Espagne d'un biface en quartzite rouge, typique de la culture acheuléenne, placé à côté de cadavres d'hominidés vieux d'au moins 350 000 ans, pourrait marquer l'emplacement d'une sépulture. Un bouleversement pour la paléontologie humaine.

     Ce biface, qui n'aurait jamais été utilisé, aurait été déposé intentionnellement au fond de l'aven d'Atapuerca, près de Burgos en Espagne pour servir d'offrande aux défunts.

     Les ossements découverts au fond de l'aven, sont ceux d'Homo heidelbergensis, ancêtres de Neandertal et de sapiens. Ils se trouvent à une profondeur de 13 mètres et proviennent d'au moins 32 individus.