ANNEE 2000
Le "Millenium Ancestor", doyen potentiel de l'humanité
Les restes du "Millenium Ancestor", des hominidés ayant vécu il y a six millions d'années mis au jour fin 2000 dans le nord-ouest du Kenya sont considérés actuellement comme les plus anciens ancêtres de l'homme.
Le "Millenium Ancestor" est plus ancien que Lucy, c'est un nouveau modèle d'ancêtre, un animal bipède, mais qui grimpe aussi dans les arbres.
Il est difficile de décrire pour l'instant un être global, mais il est clair qu'il était une fois et demie plus grand que Lucy, plus grêle, et ses dents sont plus petites. C'est quelque chose de beaucoup plus évolué que l'australopithèque dans l'état actuel des connaissances.
Neandertal et Cro-Magnon n'auraient jamais mélangé leurs gènes.
Neandertal n'est pas notre ancêtre : c'est la conclusion d'une étude publiée dans Nature, menée par des chercheurs du Centre d'identification humaine de l'université de Glasgow (Ecosse) avec l'aide de plusieurs instituts russes et suédois.
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Homme de Cro-Magnon |
Homme de Neandertal |
Utilisant quelques grammes d'un os de côte d'un enfant Neandertalien daté de 29000 ans, trouvé dans la grotte de Mezmaiskaya dans le nord Caucase, les scientifiques ont réussi à séquencer et repliquer l'ADN mitochondrial de ce néandertalien.
Ce même travail avait déjà été effectué par d'autres scientifiques sur un autre néandertalien, âgé de 40000 ans, trouvé en 1887 dans la vallée de Neander (Allemagne). Un segment d'ADN avait été comparé aux segments identiques des hommes actuels, montrant plus de différence avec eux qu'il y a de différences entre les populations actuelles. Présenté en 1997, ce résultat favorisait la thèse d'une espèce distincte.
L'étude parue ce jour vient conforter cette analyse. Après avoir comparé entre eux les ADN de ces deux néandertaliens, et avec celui d'hommes actuels, l'équipe d'Igor Ovchinnikov affirme que "le fait que les deux ADN néandertaliens soient très proches et qu'ils soient tous deux éloignés de celui des hommes actuels prouve que leur diversité n'englobe pas les gènes de l'homme moderne", c'est à dire qu'il n'y a pas de descendance commune entre ceux-ci. En d'autres termes, Neandertal et Cro-Magnon n'auraient donc pas mélangé leurs gènes.
Un crâne d'australopithèque presque complet
Notre connaissance des hominidés primitifs vient de faire un bond grâce à la découverte des crânes de deux australopithèques en Afrique du Sud. Les restes de la femelle seraient les plus complets jamais retrouvés pour son espèce et peut-être même pour n'importe quel hominidé de cette époque. Les fossiles, âgés de 1,5 à 2 millions d'années, ont été surnommés Orphée et Eurydice, du nom de deux amants de la mythologie grecque. Ils appartiennent à l'espèce Paranthropus robustus.
Les australopithèques de cette espèce découverte en 1938 sont réputés pour leurs énormes dents. Ils ne sont en rien les ancêtres de l'homme moderne, seulement de lointains cousins disparus sans laisser de descendance. On sait qu'ils étaient essentiellement végétariens, mais leur diète devait comporter un peu de viande à l'occasion. Il est possible aussi qu'ils aient utilisé certains outils simples. Pour le reste, ils demeurent assez mal connus.
On ignorait notamment les détails de la morphologie féminine. Grâce à la découverte simultanée du crâne quasi complet d'une femelle et d'une mâchoire mâle, il est maintenant possible de comparer les deux sexes. La mâchoire du mâle est plus puissante. On sait aussi, par d'autres fossiles, que cette mâchoire était rattachée à une sorte de crête sur le sommet du crâne. Cette crête n'existe pas chez la femelle, dont la tête est par ailleurs plus petite. Les gorilles modernes présentent des caractéristiques comparables.
La découverte proprement dite a eu lieu en 1994 lors d'excavations sur un site déjà réputé pour ses fossiles d'hominidés. La restauration et l'examen de ces pièces extrêmement fragiles ont pris beaucoup de temps. Mais André Keyser, qui dirigeait les fouilles, affirme qu'il a tout de suite compris l'importance de sa découverte, qu'il décrit comme le sommet de sa carrière de paléontologue. Bien que les fossiles d'Orphée et d'Eurydice aient été retrouvés à quelques centimètres de distance dans la même grotte, rien ne permet d'affirmer avec certitude qu'ils aient vécu exactement à la même époque.
La grotte préhistorique de Cussac : un "Lascaux" de la gravure
La grotte préhistorique de Cussac découverte en septembre 2000 dans la vallée de la Dordogne et abritant des centaines de gravures paléolithiques vieilles de plus de 22000 ans, peut être considérée par son importance comme un "Lascaux de la gravure", en référence à la plus célèbre grotte ornée de France.
Comportant sur près d'un kilomètre une grande galerie, de 10 à 15 mètres de large et haute d'une douzaine de mètres, la dernière grotte découverte en France abrite sur une de ses deux branches de 150 à 200 figures appartenant toutes au bestiaire traditionnel du monde paléolithique, à savoir mammouths, rhinocéros, cervidés et en nombre plus important bisons et chevaux.
Le caractère monumental de ces gravures, avec certains panneaux de 25 mètres de long couverts de 40 figures dont un bison de 4 mètres de long, un des plus grands de l'art pariétal.
L'iconographie du site tire son originalité de la présence de représentations animales rarement exprimées dans ce contexte, notamment des oiseaux, mais aussi des figures étranges, aux mufles allongés, la gueule ouverte dont l'identification précise reste du domaine des hypothèses. Des silhouettes féminines et des représentations sexuelles complètent l'iconographie.
En outre, des vestiges osseux humains de cinq individus ont été découverts dans la grotte, des restes datant sans doute du néolithique ancien. La grotte elle-même, à en juger par le caractère archaïque de ses figures, date sans doute du Gravettien (entre 28000 et 22000 ans), sinon de l'Aurignacien (35000 à 28000 ans), selon l'avis concordant des spécialistes qui l'on vue.
Les trésors de Tautavel
La grotte de Tautavel, dans les Pyrénées-Orientales, continue de livrer ses secrets : les archéologues qui fouillent le site ont découvert un humérus vieux de 450 000 ans. Cet os du bras, qui va de l'épaule au coude, est le 82ème fragment humain trouvé dans cette caune de l'Arago. La grotte a été découverte au début des années 70 par Henri de Lumley, qui avait mis au jour le plus vieux crâne humain connu en Europe. Trente ans après, l'humérus a été trouvé dans les mêmes couches de sédiments que le crâne et selon Marie-Antoinette Lumley, chargée des recherches d'autres fragments.
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Crâne de Tautavel |
Homo antecessor
Des pommettes tassées, une face large et faiblement prognathe, soir des caractères très modernes. Un bourrelet frontal proéminent et des prémolaires à racines multiples, soit des traits primitifs : voici Homo antecessor, le plus vieil européen, âgé d'environ 800 000 ans. Exhumé dans la Sierra de Atapuerca - qui a déjà livré de nombreux néandertaliens - ce fossile, pourrait être, selon ses découvreurs espagnols "l'ancêtre à la fois des hommes de Neandertal - qui peuplaient l'Europe entre -100 000 et -40 000 ans - et des Homo sapiens dont nous sommes issus." Autrement dit, il prendrait la place enviée qu'occupait jusqu'à présent Homo erectus dans notre arbre généalogique.
Homo antecessor présente bien des traits pré-néandertaliens, mais sa parenté avec l'homme moderne ne paraît pas clairement établie pour des spécialistes comme jean-Jacques Hubli (musée de l'Homme). Yves Coppens, pour sa part, reste persuadé de c'est Homo erectus qui est arrivé en Europe en provenance d'Afrique, il y a au moins deux millions d'années. Il est donc logique, selon lui, que "longtemps isolés en Europe, soumis à une dérive génétique, les homme d'Atapuerca aient déjà acquis certains caractères des hommes de Neandertal auxquels ils ont probablement donné naissance."
Neandertal, notre voisin
L'homme de Neandertal, ou Homo sapiens neandertalensis, a dû disparaître d'Europe centrale il y a 34 000 ans; son extinction définitive, constatée dans la péninsule ibérique, remontant quant à elle à 30 000 ans. C'est du moins ce que pensait la majorité des paléontologues. Or, quelques fragments osseux découverts dans la grotte de Vindija (Croatie), qui viennent d'être datés par une équipe de l'université l'Oxford (Grande-Bretagne), semblent n'avoir que 28 000 ou 29 000 ans. De toute évidence, les hommes de Neandertal vivaient encore en Europe centrale deux cents siècles après leur disparition présumée.
"Ce qui, dans le fond, n'a rien d'étonnant, note Bernard Vandermeersh, paléoanthropologue à l'université de Bordeaux. Mais mieux vaut rester prudent et ne pas oublier qu'une seule datation est insuffisante. Quoi qu'il en soit, ces mesures accréditent l'hypothèse, maintenant presque acquise, que l'homme de Neandertal a longuement cohabité avec l'homme moderne, plusieurs milliers d'années durant." Dans quelles conditions ? Nul ne le sait.