ANNEE 1999
Des pieds et des mains...
Lucy trahie par ses pieds
Nous ne descendons pas de Lucy, prétend une paléontologue française. L'examen de ses pieds révèle que l'australopithèque s'adaptait à la vie dans les arbres alors que nos véritables ancêtres devenaient des bipèdes très spécialisés.
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Lucy, une australopithèque qui vivait il y a trois millions d'années, avait bien un bassin bipède, tout comme nous. Mais elle avait aussi un gros orteil écarté, conçu pour grimper dans les arbres. "L'évolution ne fait jamais marche arrière, estime Yvette Deloison du CNRS. Le pied humain, hautement spécialisé en bipédie, ne peut dériver d'un pied tout aussi spécialisé, mais différemment." |
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Les plus récentes découvertes semblent lui donner raison. L'Australopithecus anamensis, trouvé en 1995 au Kenya, était un parfait bipède voilà quatre millions d'années. Ce qui donne à penser qu'au cours de leur évolution, les australopithèques sont passés de la station verticale à la vie arboricole et non le contraire.
L'hypothèse inhabituelle d'Yvette Deloison ne surprend pas tout le monde. Son scénario correspond aux trouvailles des généticiens spécialisés en évolution. Si le chimpanzé est identique à l'homme à 98,5 %, par exemple, c'est qu'il s'est séparé de nos ancêtres en dernier. Les australopithèques étaient sans doute encore plus proches de nous sur le plan génétique.
La main de l'australopithèque à mi-chemin entre l'homme et le singe
Le premier fossile complet de main d'australopithèque a permis d'établir que ce lointain cousin passait plus de temps dans les arbres qu'on ne croyait.
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Des chercheurs sud-africains dirigés par Ron Clarke viennent de retrouver le fossile complet d'une main et d'un bras d'australopithèque. Il s'agit là d'une première, qui permettra enfin de mieux comprendre l'anatomie de ce lointain parent de l'homme moderne, ainsi que son mode de vie. Un examen rapide de ces restes fossilisés, qui datent de 3,3 millions d'années, permet déjà d'avancer que cette créature marchait debout, mais qu'elle passait une bonne partie de son temps dans les arbres. |
Le fossile provient d'une grotte de Sterkfontein, en Afrique du Sud, où l'on a déjà retrouvé un crâne très bien conservé l'année dernière. La main et le bras proviennent sans doute du même individu, mais il faudra d'autres fouilles pour le confirmer.
Selon un article publié par le South African Journal of Science, les os de la main de l'australopithèque sont de la même longueur que ceux de l'homme moderne. Par contre, au lieu d'être droits, ils sont légèrement recourbés, comme ceux des grands singes. Le pouce semble aussi beaucoup plus puissant que celui de l'homme moderne. L'articulation du coude ressemble beaucoup à celle des orangs-outans modernes, mais la longueur de l'os s'apparente plus à celle d'un homme que celle d'un singe.
Ces caractéristiques, estime Ron Clarke, sont celles d'un animal bien adapté à la vie dans les arbres. Sans se mouvoir d'un arbre à l'autre avec l'aisance d'un orang-outan doté de longs bras, l'australopithèque devait au moins dormir dans les arbres. La région regorge de fossiles d'hyènes et de grands félins, des prédateurs qui n'auraient fait qu'une bouchée de lui s'il avait passé ses nuits au sol.
Les australopithèques, dont il existe plusieurs espèces, ne sont pas considérés comme les ancêtres de l'homme, mais comme un cousin partageant un ancêtre commun avec nous.
Y a-t-il du Neandertal en nous ? Peut-on imaginer qu'il y ait eu un métissage ?
La découverte au Portugal d'un squelette "hybride" suggère que les néandertaliens et nos ancêtres Cro-Magnon ont pu avoir une descendance commune. Il s'agit du squelette d'un enfant de 4 ans environ, exhumé récemment dans la vallée de Lapedo, au nord de Lisbonne. Avec sa silhouette trapue et son petit menton moderne, cet enfant décédé il y a 24 500 ans environ, au paléolithique supérieur, serait "le descendant d'une longue lignée d'hybrides", issu des deux groupes humains (selon l'anthropologue américain Erik Trinkaus).
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On peut voir la forme allongée du squelette (sans tête) de l'enfant retrouvé dans la sépulture paléolithique de l'abri de Laga Velho situé dans la vallée de Lapedo au Portugal. Le squelette est entouré d'une gangue d'ocre rouge. |
Cet enfant "hybride" serait un enfant de type moderne au vu de sa face caractéristique. Mais il présente aussi des traits néandertaliens accusés, comme le commente son découvreur, Joao Zilhao de l'institut portugais d'archéologie (Lisbonne). Soit des os longs très robustes et des proportions caractéristiques, comme un raccourcissement de la jambe par rapport à la cuisse.
Ce caractère "mosaïque" entre deux espèces aux caractéristiques morphologiques fort définies, qui se manifeste plusieurs milliers d'années après le supposé contact dans la péninsule ibérique entre les deux populations, interpelle les chercheurs. Il les conduit à penser qu'ils ne se trouvent pas en présence d'un évènement isolé, mais bien du résultat d'un mélange de population sur le long terme.... Cette analyse est toutefois regardée avec suspicion par d'autres préhistoriens : les différences entre Neandertal et Cro-Magnon sont moindres chez l'enfant que chez l'adulte, et la variabilité entre les individus est encore moins bien connue.
Remplacement d'une espèce par l'autre ? Continuité ?
Aujourd'hui, un petit enfant de 4 ans plaide en faveur du mélange des populations. Neandertal n'aurait pas disparu, mais se serait dilué parmi une population de Cro-Magnon bien supérieure en nombre. Pourtant, selon Bruno Maureille, du laboratoire d'anthropologie des populations du passé, à Bordeaux, la réponse n'est pas forcément la même pour toute l'Europe : les relations entre les deux hommes ont pu différer d'une région à l'autre. "A l'est et en Europe centrale, les fossiles font penser aux anthropologues à une possibilité d'échange de gènes, explique-t-il. En Europe occidentale, en revanche, c'est le modèle du remplacement qui semble le plus crédible en l'état actuel des données."
Un état des données qui justement ne permet pas encore d'affirmer avec certitude où est passé Neandertal. Il n'est même pas certain que les préhistoriens, malgré tous leurs efforts, puissent un jour répondre à cette question.